publié dans la source de Waterville
Par Julie St-Georges
Depuis l'enfance, le genre se promène dans mes vêtements : des couleurs, aux coupes, à
leurs façons d'être portés.
Je prends conscience de tous ces choix qui m’ont suivie, assumés ou pas. Ça, c'est pour les
filles ! Ça, c'est pour les garçons ! Et du fait que je suis passée de l'enfant sauvage non
binaire, à la fille fille qui espérait l'approbation des autres avec mes robes à pois, à la femme
femme qui prenait note de chaque réaction à son habillement, à la maman full maman, à la
tomboy résiliente un peu clown qui abandonne les préjugés derrière elle... ou iel.
Une chose est certaine : aujourd’hui, je n’utilise plus mes vêtements pour combattre, pour
me protéger ou pour contrôler. Je suis maintenant bien conscient.e que je combattais le rejet
des gens à l'aide de ce masque. Je prenais ainsi sur mes épaules les jugements et les
émotions négatives de ceux qui passaient sur ma route.
J'ai été cet enfant sauvage, dans la forêt, qui connectait profondément avec son
environnement. Peu importait mes vêtements, j'y étais toujours à ma place. Alors dans le
fond, nos cheveux, nos vêtements, nos sous-vêtements, nos choix de voiture, la couleur de
tous nos achats... Est-ce qu'ils sont importants? Est-ce qu'ils sont vraiment une
représentation de nous?
Ils nous sont légués à la mort de nos proches, brûlés parfois au nom de causes, portés pour
passer un message, ou bien offerts à nos anniversaires. Certains sont portés pendant les
pires moments de notre vie, d’autres pendant les meilleurs.
L’épopée de ma crise identitaire vestimentaire est arrivée au sommet du milieu de ma
vingtaine ; le miroir et la réflexion que j’en recevais avaient alors toujours été ma priorité.
Je sais maintenant que je manquais de profondeur, que j'évoluais à la surface. J'évaluais ma
valeur comme celle du paquet de chips au dépanneur, selon l'offre et la demande.
J'avais beau me maquiller, aplatir mes cheveux, aller chez la coiffeuse pendant des heures
pour être blonde, porter des vêtements de marque, appliquer toutes mes connaissances de
la mode pour me vêtir, il y avait en moi une crise permanente et une insatisfaction constante
qui m’empêchait d'atteindre la paix vestimentaire. Prisonnière de cette surface, comme
Narcisse et sa flaque d'eau, j’étais prisonnière de mon miroir. J’utilisais les vêtements
comme une arme, un outil, un pinceau sur la toile de ma vie, full cheezy...oui,oui!
Alors aujourd’hui, à la question de savoir pourquoi je ne suis pas toujours acceptée par
certains, je me réponds simplement que c’est parce que ce n’est pas tout le monde qui
accepte tout le monde. Et c'est tout.
Et je m’accueille en me disant que me représenter avec l'aide de mes vêtements est une
quête aussi valable que celle de trouver sa voix dans la vie, que ce soit en chantant, en
écrivant, ou même en travaillant.
Nos corps changent avec les saisons. Nos vêtements, eux, nous fixent de leurs coins du
garde-robe, et restent les mêmes, immobiles à moins d’être bougés. Et c’est nous qui
choisissons les changements dans notre garde-robe.
Que les habits et les objets arrivent dans nos mains comme par magie, ou bien qu’ils soient
choisis délibérément, ça nous appartient et ils nous représentent, comme une pièce
musicale appartient à un artiste qui l’improviserait.
Le lien qui nous tient, celui qui a été nourri à la p'tite cuillère à coup de constant
capitalisme... serait-il aujourd'hui, relatif à nos possessions?
Nos habits et nos objets pourraient-ils alors être un puissant moteur de changement?
Et si dans le fond, nos vêtements, ils étaient importants?
Viens en jaser,
Julie